A l’issue du premier conseil des ministres, les membres du gouvernement ont signé une charte de déontologie. Celle-ci énonce des principes et des règles de conduite visant à renforcer la transparence, l’impartialité et l’exemplarité des décisions gouvernementales.
Transparence International France (TI France) salue une première étape prometteuse dans la mise en œuvre, par le Président de la République, des engagements pris en réponse aux 7 propositions de notre association pour renforcer l’éthique de la vie publique. L’association restera néanmoins très attentive à sa mise en œuvre.
Paris, 22 mai 2012. Comme François Hollande l’avait annoncé, l’une des premières mesures prise par le nouveau gouvernement est la signature, par les membres du gouvernement, d'une
charte de déontologie. Cette charte, qui a pour objectif de restaurer la confiance des citoyens dans « ceux qui les gouvernent », mérite d’être saluée. En effet, elle va très loin – dans ses principes et dans les règles qu’elle instaure – si on la compare, par exemple, au
code de déontologie des députés adopté par l’Assemblée nationale en avril 2011.
Pour des déclarations d’intérêts précises et un organe de contrôle
A travers des règles de conduite précises, la charte souligne, aussi et surtout, la nécessité de prévenir tout soupçon de conflit d’intérêts. Pour ce faire, chaque ministre devra rendre publique une déclaration d’intérêts (à l’exception des informations concernant des tiers).
Pour que ces déclarations aient une réelle utilité, le gouvernement doit reprendre le dispositif proposé par la Commission de réflexion pour la prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique présidée par Jean-Marc Sauvé[2].
Ce dispositif comprend, d’une part,
l’adoption d’une loi instaurant diverses obligations – rappelons qu’une charte de déontologie n'a pas de valeur juridique – et, notamment, la publication de déclarations d’intérêts précises
[3]. D’autre part, il prévoit
la création d’une Autorité de la déontologie de la vie publique chargée de contrôler ces déclarations. Des
sanctions pénales sont également prévues en cas de manquements.
En rendant réellement transparents les intérêts détenus par les acteurs de la décision publique, ce dispositif permet ainsi de s’assurer que, dans le cadre d’une décision publique, des intérêts personnels n’ont pas faussé l’impartialité des décideurs. En adoptant un tel dispositif, le nouveau gouvernement se mettra dans la même situation que les membres de la Commission européenne, les ministres du Canada, du Royaume-Uni et d’Australie notamment.
Un essai à transformer
La charte de déontologie laisse d’autres questions en suspens. Dans la loi à venir, TI France sera donc également attentive aux points suivants :
- La charte de déontologie s’adresse aux ministres, mais pas à leurs collaborateurs. Ceux-ci doivent pourtant appliquer les mêmes règles dans la mesure où ils participent eux-aussi à l’élaboration des politiques.
- La charte ne prévoit pas une obligation d’abstention en cas d’intérêt personnel lié à la question abordée. Or, les déclarations d’intérêts ne sont efficaces que si elles s’accompagnent d’une telle l’obligation.
- A ce stade,
il n’est pas prévu de permettre un contrôle citoyen sur les déclarations d’intérêts. Il s’agit pourtant d’un engagement pris par le Président de la République (cf.
7ème proposition de TI France).
- Enfin, notre association sera attentive aux
conditions de mise en œuvre des procédures de consultation en amont (comment garantir un accès équitable des différents acteurs aux consultations ?) et en aval (quelle publicité sera donnée aux résultats des consultations ?).